A toutes les victimes de la bêticide

A toutes les victimes de la bêticide

dimanche 19 février 2017

Y en a marre, Monsieur le maire !

Lettre d'A quoi ça serre adressée à la préfecture du Finistère pour déplorer la carence du maire de Plougastel-Daoulas, face aux pollutions industrielles et la réalisation de mares (ouvrages qui doivent faire l'objet de déclaration préalable, et inconnus des services de l'urbanisme de la mairie).








jeudi 16 février 2017

Vietnam. Entre invitée d'honneur et déshonneur des élus

 Par F. Oppermann. A quoi ça serre ?

Ce mardi 14 février "AQCS?" a invité à la Salle Frézier Tran To Nga a venir nous parler tout simplement de sa vie. En préambule, David Derrien, initiateur de cette rencontre a expliqué que c'est à travers ses luttes locales contre Monsanto et l'engagement d'André Bouny, qu'il a découvert le combat de Tran To Nga. Dés lors il lui semblait naturel de tout mettre en œuvre pour que Tran To Nga puisse faire partager au plus grand nombre son témoignage. C'est donc ainsi que David Derrien a pu, grâce à la gentillesse et la disponibilité de Tran To Nga, organiser une série de rencontres un peu partout en Bretagne. 
Si à chaque fois, ces rencontres ont été l'occasion d'échanges très riches, David Derrien a regretté que la demande qu'il avait faite auprès du maire de Plougastel et de tous les élu(e)s d'organiser une réception conviviale en l'honneur de Tran To Nga n'ait pas fait l'objet de la moindre réponse, hormis celle d'un conseiller municipal d'opposition (voir courrier en bas de l'article).
David Derrien
To Nga Tran
Heureusement la vie de Tran To Nga est tellement plus passionnante qu'elle n'a même pas relevé ce manque à la plus élémentaire courtoisie républicaine ! Car passionnante, la vie de Tarn To Nga l'est. Au cours de ces deux heures et demie Tran To Nga nous a littéralement embarqués avec elle dans ce pays qu'elle adore, un pays le Vietnam qui depuis des millénaires a connu les guerres sans discontinuité. Née dans le delta du Mékong, le fleuve aux 9 dragons, dont elle tire son courage, elle a aussi vu le jour sous le signe du cheval, ce qui la prédestinait sans doute à porter le fardeau des autres. Toute jeune, comme tant d'autres elle a été confrontée à l'horreur de la barbarie, son jeune frère mourant sous les balles alors que son grand père était gravement blessé lors d'une embuscade. Ce grand père qui restera pour elle un exemple car jusqu'au bout malgré ses blessures, il n'exprimera ni haine ni colère, en restant humble et silencieux. Très vite sa jeunesse ne restera plus qu'un bon souvenir car dés son exil pour Hanoï, elle connaîtra les privations mais aussi le sacrifice des enfants du Nord Vietnam pour qu'elle puisse toujours manger à sa faim. A l'issue de ses études, non pas motivée par un embrigadement politique auquel elle ne comprend pas toujours grand chose, mais animée par le rêve de voir son pays indépendant qui ferait tout pour le bien être de son peuple, comme tant d'autres, elle va rejoindre le Sud via la piste Ho Chi Minh à coups de marches forcées, épreuves physiques terribles qui vont sceller à jamais l'amitié de ceux qui y participèrent car 50 ans après ils continuent à se voir comme frères et sœurs. Au milieu de ce chaos avec la montée en puissance de l'armée américaine, elle aura tout juste le temps de revoir sa mère avant que cette dernière ne disparaisse à nouveau. Elle même emprisonnée, Tran To Nga donnera naissance en prison à l'une de ses filles, rappelant que dans sa famille ce sont 4 générations qui ont connu la prison.
Si l'indépendance met enfin un terme à son supplice elle n'éprouve aucune haine à l'encontre de ses geôliers et tortionnaires car avec sa mère elle a tellement rêvé à cette paix qu'elle ne veut pas la gâcher avec une vengeance inutile. Très vite elle s'applique à redonner confiance à son peuple en devenant directrice d'école. Consciente que le pardon est indispensable, et qu'elle peut être un trait d'union entre le Vietnam et la France, elle multiplie les initiatives en ce sens. Elle organise notamment un voyage pour les anciens combattants d'Indochine au Vietnam. Cela lui vaudra d'être décorée de la Légion d'Honneur. 
Plus tard, c'est en travaillant sur un projet de construction de village que son passé va resurgir brutalement lorsqu'elle se retrouvera face à des victimes de l'agent orange, défoliant dispersé par l'armée américaine pour déforester la jungle. Dés lors sa vie prend un sens nouveau, déjà parce que comme tant d'autres, elle s'est retrouvée contaminée, comme ses enfants, par ce poison, mais parce que surtout face à cette tragédie sanitaire, elle sent que son pays veut tout faire pour étouffer ce scandale aussi bien de santé publique qu'environnemental puisque aucun programme sérieux de dépollution n'est mis en place par les autorités. C'est récemment, en 2009, lors d'une audience sur les effets néfastes des dioxines que Tran To Nga a pu exposer à un auditoire attentif les ravages causés dans son Vietnam. Dans l'auditoire deux avocats ont été touchés par le témoignages de Tran To Nga et lui ont suggéré d'envisager une suite judiciaire. Dans un 1re temps Tran To Nga s'y refuse catégoriquement mais lorsqu'elle apprend que des victimes vietnamiennes de l'agent orange ont été déboutés trois fois de suite aux Etats-Unis, ce qui suspend définitivement tout chance de procès là bas, elle a accepté y voyant une chance ultime de faire reconnaître la responsabilité des firmes chimiques qui ont fourni à l'armée américaine ces produits. 
Aujourd'hui 19 sociétés américaines sont assignées par un tribunal français car Tran To Nga a la double nationalité. Comme à chaque fois que l'on s'attaque à de grosses structures, les coups sont rudes d'autant plus que Tran To Nag ne défend que son cas particulier, la procédure lui interdisant de parler au nom des autres victimes. C'est un combat long et douloureux et....coûteux. Même si ses avocats ne réclament pas d'honoraires, la simple traduction de l'assignation a coûté 16000€ à Tran To Nga, d'où ses efforts pour à travers son livre récolter les sommes nécessaires pour aller au bout de sa démarche dont bien évidemment nous vous tiendrons informés. Bien sûr ce moment fut trop court, mais les échanges furent enrichissants et nous ne pouvons pas nous empêcher d'admirer le parcours de cette femme qui a toujours su surmonter des épreuves terribles sans jamais dévier du chemin tracé par sa mère. Son sens du pardon et sa gentillesse en plus de son dévouement pour les autres constituent une magnifique leçon de vie et il est bien dommage que les élu(e)s n'aient pas souhaité en profiter.

mardi 31 janvier 2017

Y'a de quoi ce marais ! Eizh

Scribes d'humeur, partiellement publiés dans la revue de Janvier 2017 d'Eau et rivières de Bretagne. Rubrique : l'écho des marais.



Des salariés abattus
Les salariés de l’abattoir de volailles Tilly-Sabco de Guerlesquin sont sans activités depuis fin juin 2016 (Ouest-France, 06/10/16). D’après Corinne Nicole, représentante des salariés et ancienne porte parole des bonnets rouges : « Il y a encore de l’espoir mais on sait que l’on part vers des licenciements. Il faut arrêter de vendre du rêve aux salariés ». La tuerie de masse, les cadences, la souffrance, l’endettement, ça se vend très mal.

Réfugiés
Sans remettre en cause les pesticides, Bretagne Vivante lance un cri d’alarme sur la raréfaction des landes qui a une incidence sur la population des papillons (Le Télégramme, 06/10/16). L’association rappelle que la lande couvrait 25 % du territoire breton, transformée aujourd’hui en culture, sapinière et prairie. Avoir confié la gestion des paysages aux agriculteurs a une incidence, celui de réfugier les insectes dans des sanctuaires.

Bilan de santé
Enième bilan sur la pollution des algues vertes en Bretagne et énième constat du Préfet de la région : Le problème est encore là en 2016 avec 30 000 T d’algues collectées (Ouest-France, 13/10/16). Le plan de lutte sera reconduit jusqu’en 2021 avec un budget de 95 millions d’euro. Beaucoup d’élus le disent : la Bretagne est malade mais elle se soigne. Ils oublient de rappeler qu’elle se gave avec l’argent des contribuables, ce qui n’est pas forcément le meilleur moyen de guérir.

Fruits pourris
Jo Baron, présent lors de l’affaire du portique de l’écotaxe à Landorec (22), est toujours sur le coup d’une condamnation : «Je refuse la guillotine » (Le Télégramme, 13/10/16). Pour régler ses frais de justice, l’agriculteur comptait sur les promesses de Xavier Beulin, président de la Fnsea. « Je n’ai rien reçu de la profession ». Il parle même de traîtrise des Bonnets rouges. Même en agriculteur, ce ne sont pas les fruits pourris qui tombent en premier ?

Chasseur chassé
Un chasseur de Guimaëc a été agressé par un particulier, à partir d’une parcelle voisine où il tirait en vain le faisan (Ouest-France, le 27/10/16). « Il s’est précipité sur moi et m’a violemment frappé au visage » Témoigne-t-il. La victime a porté plainte, tout comme le fera le président de la société de chasse : « Nous en sommes à une quinzaine d’agressions verbales alors que nous respectons la loi ». Un chasseur qui respecte les règles et qui se fait taper sur la gueule, ça a quand même du chien !

Le petit rapporteur
Le rapporteur public de la cour administrative de Nantes a demandé l’annulation d’arrêtés préfectoraux autorisant les travaux de l’aéroport de NDDL (Le Télégramme, 05/11/16). Ses conclusions, généralement suivies, portent sur le non respect du code de l’environnement. Les partisans du projet pensent peut-être que les anti-aéroports pinaillent sur des détails et qu’ils vont les localiser par le petit bout de la lorgnette. C’est vraiment se moquer du monde !

Des PLUmés et du goudron
Des citoyens qui s’élèvent contre les « incohérences » de la loi Littoral ont crée une coordination des PLUmés (Le Télégramme, 09/11/16). Ils dénoncent notamment l’impossibilité de construire dans les « dents creuses ». « Nous défendons la loi Littoral qui a permis de protéger nos côtes du bétonnage » expliquent-ils. D’un côté ils veulent bétonner et goudronner, de l’autre ils récusent la construction de nouveaux hameaux. Comprenne qui pourra.

Sans toits
Denis Jaffré, apiculteur de Locmélar, avait installé des ruches au sommet de la mairie de Brest. Il explique dans une interview que la présence du frelon asiatique risquait de détruire les ruches (Ouest France, 10/11/16). Brest serait inhospitalière pour les abeilles et deviendrait le royaume des frelons ? Peut-être. Quand on voit comment les élus traitent les familles expulsées du Forestou, qui se retrouvent sans toits.

L’amour vache
Dans un communiqué de novembre, Eau et rivières de Bretagne dénonce l’attitude de l’Etat qui renonce à annuler l’arrêté de 2006 qui encadre l’usage des pesticides (Le Télégramme). « 81 molécules ont été détectées dans les eaux bretonnes en 2015» précise Gérard Huet. « Le gouvernement vient de capituler devant la Fnsea et les industriels », continue t’il. Avant les présidentielles, l’idylle entre les agriculteurs et le gouvernement ressemble à de l’amour vache.

Les zélés de l’Ouest
La cour administrative d’appel de Nantes a validé les arrêtés préfectoraux autorisant les travaux de NDDL (Le Télégramme, 15/11/16). Cette décision s’oppose à l’avis du rapporteur public qui préférait un réaménagement de l’aéroport actuel. « La messe est dite », s’est réjoui le président de l’association « des Ailes de l’ouest », pro NDDL. Attention à ne pas s’étouffer avec l’hostie car la justice est d’humeur volage.

Sentir le rance
300 manifestants se sont rassemblés aux abords de la Rance pour réclamer à l’Etat et à EDF un plan de désenvasement (Le Télégramme, 27/11/6). Le porte-parole de Rance Environnement rappelle que l’estuaire est abîmé à 80 % par le barrage. Les tables rondes s’enchaînent pour trouver des solutions. Reste à espérer que les discussions ne s’enlisent pas, ça finirait par sentir le rance.

Gel des prix
Seule une dizaine d’agriculteurs des JA se sont retrouvés sur le site de la Laïta, coopérative laitière située près de Gouesnou, pour réclamer une revalorisation du prix du lait (Ouest France, le 30/11/16). « Dans les campagnes les jeunes sont résignés », reconnaît un responsable du syndicat. Choisir entre le confort d’un tracteur climatisé et piétiner des heures sur un parking lors de périodes de froid, les jeunes savent qu’il n’y a pas que les prix qui gèlent.

Largués
Lors des troisièmes victoires de la Bretagne décernées par le Télégramme, le jury a désigné Triskalia lauréate pour le développement durable (Le Télégramme, 08/12/16). La coopérative commercialise des drones qui larguent des petites guêpes sur du maïs attaqué par la pyrale. Après avoir largué des pesticides interdits dans les silos de céréale, intoxicant des salariés, Triskalia largue un insecte potentiellement facteur de déséquilibre pour l’écosystème proche. Durable ? Largués surtout.
 

lundi 9 janvier 2017

La tournée Bzh de To Nga Tran


                                                  source photo : VNA

Agenda complet de Nga

Samedi 11 février
  • conférence au local d'EELV, 14 Bd Hérault, Saint-Brieuc (22) de 10h30 à 12h.
  • dicace à Plougastel-Daoulas, au "champ des livres" à partir de 15h
Accueil local : EELV - contact : 06 72 84 87 92

Lundi 13 février
  • dédicace dans l'épicerie bio "Le safran", Place de la république, Pont-Croix (29), de 15h à 18h30
  • conférence à Confort-Meilars, salle des associations (face au calvaire), 20h30
Accueil local : Alerte à l'Ouest - contact : 06 18 08 58 31

Mardi 14 février
  • conférence à Plougastel-Daoulas, Espace Frézier, 20h30, participation libre
Accueil local : A quoi ça serre - contact : 06 71 88 76 14

Mercredi 15 février
  • dédicace à la librairie Bazoom (Auray)
  • Projection du documentaire "Agent orange, une bombe à retardement", puis conférence de Nga à Auray, Cinéma Ti hanok, 18h30, entrée payante
http://www.ouest-france.fr/bretagne/auray-56400/ingalan-va-presenter-des-films-4716392

Accueil local : Ingalañ Bro Alre - contact : 06 51 70 56 10




Jeudi 16 février

To Gna et les médias

France Inter - D'ici et d'ailleurs - 10/12/16
https://www.franceinter.fr/emissions/d-ici-d-ailleurs/d-ici-d-ailleurs-10-decembre-2016

RFI - 16/07/2016
http://www.rfi.fr/emission/20160716-tran-to-nga

France 5 - Le magazine de la santé - 11/04/2016
https://www.youtube.com/watch?v=m9ZxQtCtsW0



To Nga et des liens utiles


Le site de soutien de Mme Tran
http://www.nga-orange.org/

Mme Tran a publié un livre : http://www.nga-orange.org/Contact-Tran-To-Nga pour aider au financement du procès.


En association avec le net média du Finistère




Penn Ar web c'est :
  • une web télé afin de valoriser les actions autour de l'écologie dans le Finistère,
  • un agenda des actions autour de l'écologie,
  • des formations informatiques,
  • des actions de partenariat,
  • des aides à la diffusions d'informations,
  • une promotion des logiciels libres.

samedi 31 décembre 2016

Le livre : ici c'est l'escargot

      


Après avoir durant 5 ans alimenté un blog, cumulant près de 75 000 visites, David Derrien, activiste écologique, plus connu sous le nom de dédé l’Abeillaud, publie ses meilleures feuilles de chou, un recueil d’articles issus de ce blog.

Extrait de l’article : C'est foutu ! Du plastique dans le miel. « Donc que faire ? Puisque "c'est foutu". Pour ma part j'ai pris la résolution d’agir avec du sens, dans un autre sens. Me porter pâle auprès de mes congénères, en me mettant à disposition. J'ai décidé de tourner le dos à ce qui me fait homme. Je m’exile. Je m'immole socialement. De toute façon, j'étouffe». 

Une partie des ventes servira à soutenir l’action en justice de To Nga Tran contre 26 multinationales agro-chimiques comme Monsanto.

Ce livre est une autre façon d'alerter sur les enjeux environnementaux. Les seules armes dont je dispose sont celles de la dérision et de la provocation. Il est donc proscrit d'avance le passage à des actes violents. La désobéissance civile, oui, le saccage intentionnel, non.









Prix de vente : 10 euro. Disponible par correspondance (lettre simple : 4 euro). Règlement à l'ordre de Parallèle Prod. 

Adresse : Parallèle Prod c/o David Derrien - 36 rue de cornouaille - 29470 Plougastel-Daoulas

Contact : disentus@gmail.com

samedi 12 novembre 2016

Le Jardin Baroque de Lindouar a de l'avenir

Dans une interview accordée au site "Reporterre", le chercheur François Léger, pronostique que les micro fermes représentent une alternative viable au modèle agricole dominant. Cette alternative a un nom, elle s'appelle la permaculture. https://reporterre.net/En-agriculture-les-micro-fermes-ont-un-tres-grand-avenir
Lieu cultivé de petite taille, avec une densité de végétation exubérante au m2, la permaculture encourage les associations de plantes, les soins naturels, bannissant de facto les intrants. La commercialisation des légumes est localisée afin de favoriser le lien social. L'intervention mécanique reste secondaire, voire anecdotique, suivant, selon des choix non clivants, le principe du "non intervenir". Autrement dit,  l'impact de la consommation d'énergie fossile est considérablement amoindri et comme la possession du dernier modèle de tracteur ne fait pas fantasmer, il n'y a pas nécessité à construire d'imposant hangar pour protéger le parc périphérique mécanisé.  
Sans revenir sur l'article de François Léger j'aimerai rajouter 2 points, à mes yeux, qui peuvent, en plus de la viabilité, garantir une pérennité à ce système agricole : l'accessibilité à la terre (ou le respect du lieu et du vivant) et le statut du paysan militant. A titre personnel, je rajouterai une notion qui, malgré moi, m'est précieuse : la résistance.
Après avoir connu un essor économique sans précédent, avec l'exploitation massive de la culture de fraises en plein champ, Plougastel-Daoulas concentre aujourd'hui sur son territoire une proportion conséquente de friches. Ce nouveau paysage conclue le déclin d'une activité qui autrefois s'octroyait l'espace, entraînant l'hyper concentration de production agro-industrielle sous serres (tomates et fraises), prisonnière de surfaces réduites, artificielles et énergivores (on compte quand même pas moins de 300 ha de serres à Plougastel !). 
Sans être exclusif, un autre phénomène peut expliquer l'explosion des friches sur la commune : la transmission de la ferme ou la succession des biens. Peu était enclin à reprendre l'exploitation familiale. Dépositaire d'un bien hérité d'un parent, les successeurs, détachés du monde agricole, n'ont comme option que la vente des parcelles, vente qui profite à un agriculture du secteur, ou qui viabilisés, deviennent constructibles. Sauf que pour être constructibles il est à espérer que les terrains n'apparaissent pas dans le périmètre défini par la loi Littoral, ou classées dans des zones sensibles à protéger. Ajouter à cela la multiplicité, parfois conflictuelle, de l'indivision, et Plougastel s'habille dans un vert décennal où règnent en maître la fougère et la ronce.
Que faire alors d'un bien invendable, parfois oublié depuis plus de 20 ans ? C'est la question que j'ai posée, en juin dernier, à une de mes amies, propriétaire d'une parcelle située sur le front de l'Elorn. "Je n'en fais rien. Si tu veux cultiver le terrain, vas-y ! Mais il y a du boulot : c'est en friche ! Tu peux même contacter une amie d'enfance qui possède la parcelle d'à côté." Je n'ai pas attendu que la petite aiguille ait fait le tour du cadran : en à peine 24 H l'accord était entendu avec la voisine. J'ai signé avec les propriétaires un contrat de prêt à usage (gratuité des terrains pendant 9 ans avec tacite reconduction). Cette entente me convient. Je ne me souhaite pas l'accès à la propriété individuelle. Je me retrouvais donc à entretenir 1 Ha de terre, couvert au 3/4 par 2 compagnons encombrants : la fougère et la ronce. Mais pas seulement. J'entrevois dans cette brousse bretonne quelques pommiers. J'apprends qu'autrefois, le terrain était couvert par un verger. A regarder de plus près La Rouge de Boskoop, le Pigeonné d'Armor, la Drap d'or ou encore la Rouge de Kersanton,  fleurissent discrètement derrière les murs de ronce. 
Le cormier mal mené
Une amie me signale également la présence d'un cerisier et d'un cormier. Le cormier est un arbre qui donne des petits fruits appelés "cormes", ressemblant à des poires. De plus en plus rare, il mérite notre attention. L'examen du dernier de Lindouar atteste d'une plaie béante sur l'épiderme du tronc. Dans un premier temps, je ne n'y prête guère attention car les marques d'un saccage récent me frappent : plusieurs arbres, dont peut-être des cormiers, mais plus certainement des pommiers, entassés pèle-mêle, exposent leur chevelure dépourvue de vitalité. Renseignements pris, le terrain en question devait revenir à des serristes pour y mettre du bétail à paître. Ignorants et incommodés par la présence d'arbres, les conducteurs d'engins ont congédié des Êtres Généreux, uniques sur ce lopin de terre. 

De l'infortuné sort réservé au sol endormi, surgira une olympiade verte. Seul le pas labourera la croûte vermicelle. A l'orée d'un désert breton, se niche déjà le Jardin baroque de Lindouar.  

Mais, en soi, c'est déjà une petite victoire : ralentir, voire contrarier, l'essor cannibale de destructeurs de la Nature, m'encourage à défricher durant l'été, seul avec une serpe, 500 m2 de verdure hostile. Plus tard, des chèvres m'aideront à contenir et à éloigner les ronces du jardin.  

Quand on commence à comprendre que le Tout nous emmène à rien : je m'exile dans un pays de ronces et de fougères pour découvrir un nouveau paysage. Défricher des figurines en feutrine ou cloutées de griffes.

Autre aspect du retour à l'entretien des terres : la dépollution du site. Même partielle, mon intervention permet de retirer du sol le plastique noir, utilisé naguère pour les cultures de fraises. Ce secteur de la commune n'échappe pas au phénomène observé ailleurs, le délitement en particule.
Que vais-je faire maintenant de ce lieu ? Quand bien même j'ai choisi de créer une entreprise agricole individuelle, je me lance dans la production de légumes sans les connaissances adéquates pour satisfaire au statut de maraîcher. En atteste la confusion que je fais entre une variété de fraises qui se nomme "Madame Moutot", que je teste déjà sur une petite butte, et cette Madame que je pense être productrice d'une variété de fraises ! Toujours est-il que progressivement les planches se tracent à la grelinette et s'engloutissent sous les couches successives d'engrais verts, de goémon, et de fumier bio. Grâce au soutien d'amies, le plan de culture s'affine et liste une première sélection de légumes. Situés au PLU en zone NS (Nature Sensible), cette classification au cadastre n'admet pas l'implantation de tunnels. De toute façon, ce n'est pas l'option que je projette pour héberger les variétés de tomate et autres semences de poivron et de concombre. Des pneus devront réchauffer les graines de courge à la réputation capricieuse. Au seuil de l'hiver, les buttes seront alignées, boursouflées par un millefeuille azoté et carboné, selon la méthode en lasagne : un sous bassement de branche et de tronc, asphyxié par du copeau, puis du goémon, puis encore un mélange de tonte et de feuilles, du fumier,... De nouveau du goémon, etc, etc, tout en prenant soin de finir de napper la butte par une capsule de terre. Le but réside à maximiser l'usage d'éléments végétaux présents sur place.
En vérité, même si le travail de préparation du sol semble primordial, avant de pouvoir répondre à la question récurrente : "Comment vas-tu commercialiser les produits ?" Je me garderai bien d'émettre un pronostic précis, à défaut de campagnes antérieures, sur les rendements escomptés. Je prends les évènements comme ils viennent, avec humilité, sans m'inquiéter du sort que me réservent les insectes gloutons, les limaces assassines et les maladies cryptogamiques. Je peux néanmoins prévoir sur 3 ans, des circuits diversifiés de vente : démarrer par des paniers pour une vingtaine de foyers, proposer une cueillette au kilo et en libre service pour les visiteurs, fournir des restaurateurs ou pourquoi pas s'installer pour un marché hebdomadaire à l'entrée du camping de St Jean durant la période estivale. Je ferai alors déguster ceux que je baptise d'ores et déjà : "les Chuloded* à dédé".
Et le bio dans tout ça ? Le fameux label AB. Sans remettre en cause le rôle des acteurs de la bio qui est d'assurer aux consommateurs un approvisionnement sain et respectueux de l'environnement, je préfère promouvoir la transparence à la traçabilité, je préfère l'engagement militant que la certification de plus en plus productiviste, provenant d'une industrie, putain du capitalisme. En attendant de pouvoir offrir toutes les garanties décrites dans leur charte, je me range du côté de l'indépendance de Nature et Progrès. D'ailleurs, cela sonnait chez moi presque comme une évidence, naturellement. 
Je vais à mon rythme, bien décidé à transformer l'ensemble du lieu sur les 2 prochaines années. J'encourage vivement une personne à me rejoindre, non pas trop pour soulager les courbatures de mon dos mais plus pour rendre hommage à la fraternité socialiste.

*Chuloded : nom donné à ceux de Plougastel qui se sont enrichis, d'abord par les fraises, puis dans l'immobilier,...accompagné d'un slogan ça pourrait donner :  "Mangez du chulod, c'est riche, c'est sain, c'est dépuratif. C'est mieux pour la Planète".