A toutes les victimes de la bêticide

A toutes les victimes de la bêticide

jeudi 26 novembre 2015

L'abeille et l'escargot. Fable pour les affligés

N'y a-t-il rien de plus ordinaire à observer qu'une abeille posée sur une fleur ? La voir se sacrifier consciencieusement à pomper du nectar. Hésiter à reprendre l'envol puis revenir avec frénésie pour éviter à la colonie une pénurie alimentaire.
Il fut en effet un temps où l'agitation des abeilles ne suscitait guère l'assiduité dévolue au naturaliste. L'environnement se familiarisait avec l'encombrement des pollinisateurs. Seul le bourdonnement dans des endroits inhospitaliers, localisé dans un bosquet de ronces ou perché dans le lierre de murets couronnés de tessons, attestait d'une fringante descente de nectar. 
Même si les ronces et le lierre sont toujours invasifs, prompts à s’incruster dans ces friches qui échappent à l'entretien, c'est l'abeille qui vient à manquer à l'appel, effondrée par l'anesthésie des consciences et l'agonie des responsabilités. Il suffit d'en parler, et pour preuve : l'abeille qui arrive par la gauche présente tous les symptômes d'une solitaire désorientée. Son vol, désynchronisé, oscille de façon aléatoire, à la dérive d'une ivresse à forte dose létale. Elle s'approche malgré tout du bois de Kervenal, échappant de peu, après un spasme de lucidité, au scratch sur la tôle d'une automobile. Cette manœuvre la contraint à piquer droit après le talus sur une souche morte mais creusée par le sommet. Le cratère lui évite une mort certaine. Ce qui ne l'empêche pas de rebondir une première puis une seconde fois et dans un tourbillon ultime, dans la paralysie de ses ailes éteintes, d'atterrir sur la coquille d'un escargot.



La réaction du locataire se fait attendre. Était-ce une coquille vide ? Non. La réaction de l'escargot se mesure en lenteur. Le pied se libère et, à l'ouverture, deux tentacules s'étirent, prudentes. "Qui vient ainsi perturber mon sommeil ?" s'étonne à l'étouffée Gaspard le gastéropode, quelque peu effrayé. L'examen oculaire de la chambre tapissée de mousses n'indique rien de particulier. Pourtant, en étirant bien la tentacule de droite, l’œil au sommet finit par deviner une masse inerte. Gaspard allonge le corps et parvient en deux reptations près de l'abeille. Car c'est bien ce que distinguent les tentacules : c'est une abeille ! "Mais que fait-elle ici ? Est-elle encore vivante ? Je dois m'en assurer", s'inquiète Gaspard. "Petite abeille, réveille-toi !  Tu es tombée sur ma coquille ! Hoho ! Hoho !" Rien n'y fait. L'abeille reste inanimée malgré la longueur de l'exclamation. Qu'à cela ne tienne, l'escargot rampe jusqu’à l'abeille, grimpe sur le corps et tente d'introduire sa bouche dans celle de l'abeille. Tout étonné encore de se retrouver projeté en arrière, Gaspard ne saurait dire si c'est la bave engluée sur sa tête ou bien la tentative d'intrusion qui a fait sursauter l'abeille. La réponse ne tarde pas : "Beurk ! Beurk ! C'est dégoûtant ! Mais que voulais-tu faire ? Me noyer ? s'écrie-t-elle, tout en recrachant la morve. 
- Tu es tombée sur ma coquille et pour te réanimer j'ai tenté le bouche à bouche. Je te pensais morte !
- Morte ! Mais j'ai bien failli mourir asphyxiée  !, gronde l'ouvrière,
- Je suis désolé... Ce n'est pas souvent que je croise une abeille tu sais. L'écart est considérable entre nos deux mondes. Tandis que  nous parcourons à peine la longueur d'un terrier de blaireau, vous avez, vous autres les abeilles, déjà réalisé plusieurs voyages dans la journée. Et puis tu voles haut dans les airs alors que moi, je rampe sur la terre..."dit l'escargot un peu envieux.
"- ...Bon, très bien...ne m'en veux pas...nous sommes d'un tempérament impulsif, nous les abeilles ...merci encore...". Le nouveau ton adopté par l'abeille incite Gaspard à ressortir les tentacules de sa coquille.
"Ouh ! Aïe ! Elle est quand même douloureuse cette chute. Vérifions que tout est en ordre de marche : 
Essai 1 : les ailes. RAS. 
Essai 2 : les pattes. RAS.
Essai 3 : les antennes. Bien !", se félicite triomphante l'abeille de nouveau posée sur ses pattes.
"- Je ne me suis pas présenté, dit l'escargot patientant avant de s'exprimer, "je m'appelle Gaspard et je suis un escargot de Quimper. Et toi comment t'appelles-tu ?
- Je suis dédée, ou Andrée la butineuse. Ma ruche est située au sommet des collines de Pontkalleg. Je ne comprends d'ailleurs pas ce qui s'est passé". Andrée frotte avec ses deux pattes avant toute la longueur des antennes afin de lui fournir une once de souvenirs : "Je me dirigeais vers le champ de colza pour un dernier transport de nectar...oui...
- Oui et ?, s'enquit Gaspard,
- Ne m'interromps pas s'il te plait ! Alors...je passe le talus des Douanes...j'évite un papillon à orchidées et je parviens dans le colza. Je suis surpris par l'atmosphère humide, c'est comme si...c'est comme si...il pleuvait de légères gouttelettes...c'est curieux, il n'y avait pas de nuages. Le fond sonore me faisait penser au vrombissement de plusieurs bourdons... Je sors étourdi du brouillard et c'est à partir de ce moment-là que je ne télécommande plus mon vol et...
- Et tu finis sur ma coquille !, se risque l'escargot de nouveau recroquevillé dans sa capsule.
- Voilà c'est ça, acquiesce dédée. Le voyage a été éprouvant. Il faut que je reprenne des forces. Demain je dois impérativement collecter du nectar. Accepterais-tu de m'héberger pour la nuit ?
- Mon logis est étroit mais tu es la bienvenue !" répond Gaspard, tout à la joie de pouvoir aider une abeille réputée frondeuse. L'escargot s'allonge, s'allonge, jusqu'à ce que la coquille ne présente plus de résistance. A la vue de la nudité de l'escargot, transformé en limace, dédée ne peut dissimuler un dégoût, souvenir infect du baiser du baveux. "Tu es gentil de me proposer ta coquille mais je me contenterai de quelques pics de pins". Le ton involontairement ferme de l'abeille dissuada Gaspard d'en entendre davantage et il retourna se blottir dans la coquille. Après tant de bouleversements, les deux minuscules héros ne tardent pas à s’engouffrer dans le sommeil. 
Il aurait pu s'éterniser s'ils n'avaient pas été soudainement réveillés par une secousse à chasser les biches. L'abeille est la première à se manifester: "Ce bruit me rappelle le bourdonnement d'hier. Je vais jeter un coup d’œil". Propulsée par les ailes, Andrée s'agrippe au sommet du tronc car la terre tremble terrible ! A terre, justement, Gaspard préfère rester dans sa coquille, se pensant en sécurité. L'examen à 360 °c met tous les sens de l'abeille en alerte. "Gregneugneu ! La situation est grave. Les gros insectes jaunes sont en train de tout détruire !". Ce que dédée prend pour des insectes sont en fait des engins de chantier. Des travaux d'élargissement du chemin de Kervenal prévoient d'araser le talus et une bande boisée sur laquelle se trouve la souche de Gaspard. Le danger est imminent. La griffe avant de l'insecte jaune a déjà englouti une partie du talus et se rapproche à grande vitesse de la souche.
"Gaspard ! Gaspard ! Il ne faut pas rester là !" La voix d'Andrée est couverte par le moteur du tracteur et le fracas des racines. Enfoui dans sa coquille, l'escargot n'entend pas.
L'abeille redescend dans le trou : "Gaspard, dépêche-toi ! Un gros insecte jaune détruit le bois et le talus, on ne peut pas rester là !" Une voix effrayée sort de la coquille "Je suis trop lent pour m'échapper ! Et puis il me faudrait grimper. Je prendrais trop de temps. Va- t-en, petite abeille ! Je t'ai sauvée une fois, je ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur !". Hors de question pour dédée de laisser son nouvel ami. Les six pattes de l'abeille agrippent la coquille. L'effort est violent pour les ailes et les secousses qui se rapprochent ne sont pas faites pour faciliter le décollage. Les pattes se tendent au maximum. Andrée tire, tire encore. Ca y est ! L'escargot prend de la hauteur. Le chargement est lourd et l'ascension est périlleuse. Les deux comparses ont tout juste franchi le sommet que l'insecte jaune dévore la souche. S'éloigner. Ne pas se retourner. Tenir. Ce convoi peu orthodoxe fige un enfant du voisinage qui, attiré par les gros tracteurs, s'est approché et s'étonne de voir un escargot voler avec comme pilote une abeille. L'ouvrière, imperturbable, ne voit pas que l'enfant a percuté une poubelle avec son vélo. 
Après une cinquantaine de mètres, Andrée commence à sentir les forces l'abandonner. La cargaison de l'abeille finit par peser. Gaspard, se trouvant dans une posture inhabituelle, se sentant hors de danger, a retrouvé une certaine sérénité et profite de ce voyage pour sortir ses tentacules. "Prendre de la hauteur, c'est magnifique ! C'est magnifique !" exulte- t-il. 
Le contact avec le sol est moins exaltant. Andrée, à bout de force, a lâché le gastéropode dans une poignée de fougères. L'abeille est épuisée et s'affale aux côtés de l'escargot. 
Les insectes mettent un peu de temps pour se remettre de leurs émotions, différentes, que l'on soit abeille ou escargot : "Merci ! Merci Andrée ! s'exclame Gaspard.
- Je te le devais bien, lui répond l'abeille encore tout essoufflée, l'insecte jaune t'aurait avalé avec la souche,
- Oui merci aussi pour ça !
- Aussi pour ça ?
- Tu m'as offert le rêve de tout escargot,
- Quoi donc ?
- Voler...".
L'enfant, remis de sa chute, s'est précipité vers l'endroit où il aperçut pour la dernière fois le convoi. Ses mains plongent dans les fougères. Plusieurs fois. Mais en vain. C'est dépité qu'il se voit contraint d'abandonner sa recherche. 
A n'en pas douter, si son esprit avait accueilli le silence puissant de la Nature, il aurait pu distinguer ces imperceptibles éclats de rires qu'il a confondus avec un bourdonnement.

                                    
Dessin : Marcel de la gare

mardi 17 novembre 2015

L'abeille sauvage, la belle oubliée

Melitta leporina
Nichée aux abords du crépuscule, à tapisser de pollen les parois terricoles, l'abeille sauvage se meut dans l'étroitesse de sa galerie et s'émeut lors d'une ponte qu'affectionne l'instinct de conservation. La pudeur l'éloigne des ruches qui grouillent de nurserie bruyante. Ainsi épargnée par la fécondation in vivo de la reine utralibérale, elle se contentera de prodiguer une petite trentaine d’œufs encore tous indécis à se congestionner de la larve au cocon. Avant de se prêter à cette délivrance elle aura du s'extirper de la bousculade exhibée de corps poilus, cette horde de mâles assaillants la bienséance. Le tunnel sablonneux ou dégagé sous quelques brindilles devient alors un rempart pour la progéniture, dont l'opercule argileux garantit l'éclosion soulagée de toute agression.
A la différence de sa congénère à miel, la sauvage est nommée ainsi car elle ne soucie guère de son sort social ni de son rang au sein des siens. Certainement peu seule ni isolée elle chasse solitaire l'abondance des poussières florales. Elle en abuse même. Au point où sa quête se transformerait en perte sèche si, in fine, la récolte avait de la valeur capitalisable. En tout et pour tout, elle s’octroie à peine 10 % du pollen collecté. Sa tentative du magot s'éparpille d'une étamine à un autre pistil, faisant d'elle, et malgré elle, une remarquable pollinisatrice au point où la sauvage supplante la domestique qui affectionne davantage le nectar. Là où une armée d'ouvrières s'avérerait nécessaire pour polliniser un hectare de pommiers ou d'amandiers, quelques centaines d'abeilles maçonnes femelles de l'espèce Osmia Cortuna suffisent. Mieux. En leur présence l'assurance d'un haut niveau de production fruitière affole les pesées.
Osmia cortuna femelle
L'ignorance humaine, qui s'alimente du peu d'empathie à se renseigner sur la nature réelle de son environnement, orienterait ses réflexions vers un besoin vénal à amasser plus et toujours plus. Par contre l'enseignement attentif des agissements de l'abeille sauvage prescrit que son activité pollinique serait la conséquence des lois régies par la nature: les chapardeurs parasitaires veillent au grain de pollen !
Selon la saisonnalité elle pare son corps de métiers : maçonne, cotonnière, tapissière, charpentière...Elle extrait, découpe, broie, façonne une constellation de trous dans l'argile, dans du bois ou aux creux des dunes. Rien n'est conçu dans la précipitation au regard de l'empressement de la vie à la soustraire  de l'ouvrage. Car son existence dans les fleurs se limite à quelques semaines, voire à quelques jours pour les mâles. Serait-ce alors sa rareté qui infléchirait l'obsession catégorielle à la traiter comme une latine castafiore à trop saupoudrer sa tête de pollen ? Melitta leporina, Megaliche parietina, Heriades truncorumOsmia Cortuna. Des origines connexes et plus fallacieuses déchanteront les plus dévoués observateurs quant au maintien des populations.
Abeille solitaire mâle
En effet, à l'instar de la vedette apis meliffera, l'abeille sauvage connaît sans coup férir le déclin. L'agriculture intensive (monoculture), l'utilisation d'insecticides, le changement climatique et l’éradication des ressources alimentaires en sont la cause. L'Institut de recherche de l'agriculture biologique avance qu'en Europe centrale entre 25 et 68 % de l'ensemble des espèces* d'abeilles sauvages sont menacées. Une autre Institution est au chevet de l'abeille solitaire, l'Union Internationale pour la conservation de la nature : "Les abeilles jouent un rôle essentiel dans le maintien des écosystèmes et de la pollinisation des cultures. L'UICN appelle à des investissements urgents dans de nouvelles recherches sur les moyens d'inverser le déclin". Le commissaire de l'environnement de l'UE a qualifié les résultats de l'étude de l'UICN de "très inquiétants".
Inquiétant. Le mot est fidèle à sa réputation dans le cas des abeilles comme il peut l'être face à la multitude de déserteurs qui se parjurent dans la connivence des murs feutrés et les couloirs aphones de forteresses "cinq étoiles". L'état d'urgence est décrété. Ce petit monde est à protéger.

Informations complémentaires sur :

*750 espèces rien qu'en Europe

vendredi 6 novembre 2015

Qui pour remplacer Alain Uguen à Cyberacteurs ?

Au 01 janvier 2016, Alain Uguen, fondateur du premier site d'inform'actions en ligne, Cyberacteurs, ira rejoindre le pays merveilleux des retraitéEs arthrites et somnolents. Voir http://www.cyberacteurs.org/
Alain Uguen
Je serai le plus mal loti pour dresser un tableau élogieux sur la personne d'Alain et de l'oeuvre accomplie au sein de Cyberacteurs. Admettons et reconnaissons : infatigable écologiste, lanceur d'alertes sur les droits humains et de la paix dans le monde, intarissable sur l'action citoyenne et sur la nécessité d'une primaire de la gauche et des écologistes lors de diverses échéances électorales.
Après quinze années de cybermobilisation, Alain a offert à tous ceux et celles qui le voulaient un outil militant, un espace d'expression et une manière d'agir. "Votre souris a du pouvoir", slogan de Cyberacteurs, a donné certainement du sens et du sentiment aux plusieurs milliers de personnes qui gravitent autour de la bulle numérique de l'association. En témoigne les nombreux encouragements et remerciements  reçus chaque jour.


Pour remplacer Alain il faudrait un sacré numéro. Oui mais lequel ?

N°1 : un écolo ?
les rumeurs disent qu'il a la moins la frite


N°2 : une guêpe star ?
Emporté trop tôt, pas du genre à porter des collants

N°3 : un inconnu ?
Il manque de piquant. Il a le bourdon surement

N°4 : un faux bourdon  ?
Bel organe mais trop de poils

N°5 : une abeille ?


 Ca colle plus au profil du poste. 
Elégant, posé, proprolis sur lui et petite moustache soignée. 
Mais qui se cache derrière ce personnage que l'on nomme l'Abeillaud, dédé l'Abeillaud. 

Portrait dare-dare et atypique de David

Non pas celui-là. Lui c'est ALAIN DAVID. Apiculteur et barbu en plus.

David Derrien
Je suis en poste depuis le 01 septembre à Quimper. La transition avec Alain se poursuit. Si Alain part en retraite il ne sera pas en retrait de la vie de Cyberacteurs. Il aura donc certainement une autre forme d'engagement au sein de l'association. Si "votre souris a du pouvoir" j'espère que votre sourire en a aussi, malgré le type de sujets à traiter. 

http://www.letelegramme.fr/finistere/quimper/cyberacteurs-quinze-annees-d-activisme-07-11-2015-10840786.php?xtor=EREC-85-[PartageFB]-20151107-[article]&utm_source=PartageFB&utm_medium=e-mail&utm_campaign=PartageFB

mercredi 4 novembre 2015

Jean Trelhu : "Le plastique n'est réglé nulle part"

Chez Jean Trelhu le livre de Saïk ar Gall, démocrate-chrétien léonard et pionnier de la révolution agricole des années 60, se trouve toujours à porter de main. Il finit d'ailleurs dans les miennes lors des premiers échanges, agrémentés de breton, d'une visite sujette à l'histoire récente du plastique agricole. Je suppose que celle du syndicaliste, loin de ressembler à l'épopée turbulente et chevelue de Paris, a marqué le destin de Jean et par affinité celle de la ferme. Je feuillette poliment l'ouvrage avant de le poser sur la table du salon. C'est le livre de Trelhu que je suis venu ouvrir.
Jean Trelhu, paysan humaniste

La ferme Trelhu, au lieu-dit Hellen en Logonna-Daoulas, avait l'aspect d'autrefois, l'aspect d'une exploitation agricole des années 50 : quelques bêtes (vaches, chevaux, truies,...) quelques hectares de céréales (blé et orge), betteraves et pommes de terre de sélection se partageant les dernières micro-parcelles. 
Au démarrage de la décennie suivante, la création d'un poulailler de 1800 pondeuses et l'achat d'un tracteur sonnent l'avènement du passage à la modernité dans un pays encore bien ancré dans la forme la plus grégaire d'une communauté rurale et croyante. "On travaillait parfois aussi bien avec les chevaux" reconnaît Jean, amusé. Autre signe de changement, l’absorption des races bovines. L'armoricaine, race communément élevée dans le pays, disparaîtra au détriment de croisement comme la Pie rouge de l'Ouest. En 1967 l'élevage de 20 truies sur paille et en extérieur vient compléter une activité agricole raisonnable et  diversifiée.
Si Jean ne ménage pas sa peine sur l’exploitation comme aide familiale, il faut aussi compter avec lui au sein du Mouvement Rural de la Jeunesse Catholique, à partir de 1964. "Alexis Gourvennec n'était qu'un libéral opportuniste. Il a détruit une économie pour en créer une autre". Le ton est donné. Jean ne faisait pas parti des bataillons de paysans en rébellion dans le Haut-Léon, dont le chef de file n'était autre que ce Gourvennec, fondateur de la Brittany Ferries et de la Sica. "A la Sica ils agissaient comme des dictateurs". Le ton est vraiment donné. Cette liberté de paroles et d'actions ne le quitteront plus, lui attirant de l'animosité de voisins plus expansionnistes, voire au-delà des limites du canton, "à partir de 1971 et pendant 6 ans j'ai été administrateur de la FDSEA du Finistère". Le syndicat ne présentait pas le même visage qu'aujourd'hui. Bien au contraire, le comparatif pourrait se faire avec la Confédération paysanne, dont les origines plongent dans ces différentes tendances agricoles comme celle menée par Bernard Lambert du CNJA (Centre Nationale des Jeunes Agriculteurs). 
Parcelle en culture - Bord d'estuaire
En 1977 Jean devient officiellement chef d'exploitation. Depuis le début des années 70, la pratique de l'ensilage maïs s'étend avec...les bâches plastiques qui recouvrent les silos. L'usage du film plastique se généralise notamment sur la commune de Plougastel qui fait front à Logonna. "La presqu'île était comme un jardin, rien en friche" se souvient l'agriculteur "le plastique simplifiait la vie pour la culture de fraises. Il pouvait rester en exploitation pendant 3 à 4 ans". Le plastique abondait sous forme de deux techniques, le tunnel nantais et la couverture au sol. Cependant, certains producteurs abusaient et perdaient tout bon sens agronomique notamment sur le respect des rotations, "une rotation normale pour la culture de fraises est de 9 à 10 ans, entre chaque plantation. Certains remettaient en culture sur la même parcelle à partir de 4 à 5 ans" explique Jean, avec pour conséquence le recours systématique au film plastique.
Que faire alors de ce plastique ? "Le plastique servait à allumer le feu pour brûler les fagots". Us qui prêterait à sourire, précurseur des allume-feux pétrochimiques actuels pour enflammer le barbecue ? "Il n'était pas dangereux, comme le tabac ou l'amiante". En l'absence de prescriptions d'usage (ou du silence) des industriels, d'élaboration d'une campagne de santé publique ou de collecte organisée par une filière responsable, évoquer l'ignorance dans ce contexte n'a rien de dépréciatif. 
Si le plastique n'était pas brûlé il finissait enseveli avec d'autres déchets ménagers dans des trous de carrière,"nous sommes dans le pays de la pierre de Kersanton" précise l'agriculteur à la retraite. Recouvert de terre ce procédé est sans conteste plus condamnable. Comme l'est, dans les années 80, celui qui consistait à alimenter un certain type de chaudières, installées chez des serristes, avec les déchets ménagers ou le film plastique, combustible inégalé question rendement en mégawatt et en dioxine ! La durée d'exploitation de ces chaudières n'a pas dépassé les 5 années d'existence. On se demande bien pourquoi...
Dans un contexte d'absence de réglementations environnementales les dérives polluantes étaient légion mais n'incombaient pas qu'au seul secteur agricole, les nombreux rats repérés par le logonnais en témoigne. Jean se rappelle, à ce propos, le rôle qu'a joué l’aïeule de Bretagne Vivante, la SEPNB, comme lanceur d'alerte sur le sujet des décharges à ciel ouvert. Beaucoup s'insurgent sur la réglementation environnementale en vigueur et la trouvent intrusive, paralysante et asphyxiante, que l'on leur explique alors à quoi ressemblerait le pays de Daoulas aujourd'hui : danger  Pierre de kersanton toxique! Carrière de métaux lourds! Abernot, dihun-ta' !
Carrière de Kersanton
Même si Jean et son épouse Marie-Renée se détournent d'une agriculture productiviste en se reconvertissant dans le bio dans ces années 80, Jean relativise sur les responsabilités de chacun quant aux retombées nuisibles du plastique sur la nature : "la pollution au plastique n'est réglée nulle part mais il faut avoir de la compassion, c'est le système qui est à mettre en cause". Système agro-industriel qui 40 à 50 ans durant a abandonné des tonnes de film plastique dans la nature. Qui aujourd’hui stigmatisent ceux qui le font savoir ? Les mêmes qu'il y a 30/40 ans. Les mêmes qui stigmatisaient Jean Trelhu. Mais ça c'est l'Abeillaud qui l'écrit.