A toutes les victimes de la bêticide

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mercredi 30 août 2017

Permaculture. Et si on parlait de la fraise ?

Préambule. Le sujet de cet article n'a aucune valeur agronomique. Les observations émises ne reflètent qu'une réalité sommairement établie, en l'absence d'outils de mesure et d'un cahier des charges subordonné à la culture de fraise sur butte, dûment constatée par des techniciens, issus d'instances de l'agriculture biologique. Toutefois, je retiendrai l'option "d'innovation agro-écologique" pour qualifier ce système dans un territoire qui a trop tendance à associer "innovation" à "technologie agro-industrielle". 


Le Jardin Baroque de Lindouar. Le Dreff à Plougastel-Daoulas

Ce préambule me semblait nécessaire afin d'écarter toute tentative de ma part de transgresser aux bonnes règles certifiées conformes et de me louer une réussite personnifiée, somme toute exagérée dans l'immédiat, quoique confinée inconsciemment dans les cerveaux de ceux qui liront ce qui suit et qui n'auront pas d'autres convulsions que de me suspecter d'écolocentrisme : comme bon leur vaille, je ne veux pas rivaliser avec leur discernement infaillible.
Si j'évoque le sujet c'est qu'il m'apparaît impertinent, dans un contexte local (Plougastel-Daoulas), de soumettre tout essai de culture de la fraise dans de la terre, sans tunnel, ni bâche plastique, ni "jardin suspendu", moins élogieusement qualifié de hors-sol. Serait-ce une offense alors que de ne pas se soumettre activement à la culture de fraise sur une commune qui a bien profité de sa réputation, et qui vire à la confusion mentale pour tous ceux qui vous estampillent de son exotisme ?
Je me contenterai de développer une méthode reconnue par ailleurs, glanée dans le dédale d'informations sur la permaculture. Je suppose qu'il est néanmoins utile de souligner que j'ai tenté de m'approcher au plus près de dispositions philosophiques de la permaculture : peu ou pas de moyens mécaniques, utilisation en priorité des éléments végétaux présents sur  place, compenser la destruction du milieu (passage du motoculteur), favoriser la biodiversité, sans omettre le bannissement de produits phytosanitaires,...
La butte
Ce qui est chouette avec la butte, c'est qu'elle fait débat. Je ne sais pas s'il existe de véritables détracteurs, mais elle présente quelques avantages à la conversation, en plus de ceux de l'exploitation. Tout d'abord le sous-bassement. J'ai étalé sur une largeur de 1m/1m20 et une longueur de 5 à 6 m, d'immenses cartons, vierges d'imprimé, de bandes collantes et d’agrafes. J'ai privilégié cette matière car j'avais observé que le ver de terre, au nombre de crottes, adorait sa cellulose. Or j'apprenais, entre-temps, que le carton d'emballage pouvait contenir des substances chimiques. La réflexion du départ partait d'un bon sentiment : puisque je détruis un milieu bien complexe, je compense par un renouvellement régénératif, même sommaire. A l'avenir donc, je retirai de ma liste ce matériau. Je n'ai pas fait le choix de creuser une tranchée car le terrain présente l'inconvénient d'être fortement compacté. Là encore j'ai tenu compte d'un principe de base de la permaculture : ménage ton physique et consulte ton cerveau. 
Puis j'ai entassé, dans le sens de la longueur, de longs troncs d'arbres, pourrissant partiellement ou totalement sur la parcelle. J'ai complété ce sous bassement par des branches mais surtout par les mottes de terre, dégagées par le travail du motoculteur, que j’enfonçais dans les intervalles. J'avais bien noté que ce milieu devait se retrouver, dans un pourcentage très élevé, démuni d'oxygène (milieu anaérobique). Je constituais ainsi une sorte de chape végétale.
Ensuite, j'ai appliqué la méthode dite "en lasagne". J'ai commencé par du fumier bio de bovin, du goémon présent sur la grève toute proche, et au choix tonte/feuille, copeaux de bois, mélange décomposé de fougère/morceaux de bois/.... J'ai renouvelé une seconde fois l'opération pour obtenir une hauteur oscillante entre 35 et 40 cm. L'une des principales raisons invoquée pour expliquer la disparition progressive de la culture de la fraise en pleine terre repose sur la sollicitation physique qu'imposait une récolte éprouvante. Avec la butte je ne devrais pas être épouvanté par un tel désagrément.
Toutefois, au terme d’innombrables efforts, flattant la résistance de mon physique à le mettre à l'épreuve de la rudesse du climat automnal  breton, j'obtins 5 buttes assez homogènes dans leur aspect. Sauf que l'hiver, censeur hystérique, imposerait sa virilité vélique à ces ouvrages composés de matière volatile. J'utilisais encore une fois mon cerveau pour conclure qu'il fallait enterrer ces merveilleux promontoires sous une cloche de mottes de terre. Ce que je fis prestement. Les buttes protégés, je pouvais patienter jusqu'au début du printemps suivant pour intervenir à nouveau.
Profitant de cette pause méritée, me laissant le temps de contempler mes tumulus, j'observais que la partie du sol longeant le talus, s'avérait plus meuble. Dès lors que la promesse du retour du printemps s'affirmait dans les contours de mars, j'entrepris de récupérer la terre végétale disponible à proximité et l'imposer à la butte, surélevée d'autant de centimètres que m'offrait l'extraction initiale. Un sondage récent, par un forage manuel à des points différents sur les buttes, m'indiquait que l'altération des éléments végétaux se poursuivait (voir photo ci-contre).
La fraise et consorts
Pris par le temps et la recherche longtemps infructueuse d'un producteur de fraisiers, je me décidais en dernier ressort pour la variété appelée "Charlotte". Là encore, la mise en pratique de la permaculture est respectée. Car, en effet, la durée d'exploitation de la variété devrait se prolonger de 2 à 3 ans. Les espacements sur le rang et entre les rangs me permettent d'aligner  des cressonnettes et des oignons et ainsi faire figurer en bonne place le principe de cultures associées. Pourtant, mes premières observations ne se focalisent pas sur les 150 plants de fraisier qui croissent à leur rythme. Il s'agit plutôt de remarquer, avec une pointe de satisfaction, que la cressonnette, repiquée sur les buttes, présente 2 à 3 semaines de croissance d'avance que sa congénère plantée sur une planche potagère. Je ne m'explique pas cet écart. Est-ce que l'élévation du support influencerait leur croissance ? Des forces vitales, voire des phénomènes d'attractions, seraient-elles, secrètement, en œuvre ? En tout cas la récolte des légumes fut satisfaisante. En minimisant l'appétit vorace des limaces, parfois de façon radicale, ce qui présente un bémol à la notion du "non intervenir", insultant ma bienveillance, j'ose entrevoir une récolte encourageante pour la fin de l'été. Je précise bien : récolte et non rendement. Les opérations de rempotage des stolons est en cours et me permettra de développer la production.
Les à-côtés
La seconde observation est d'ordre plus décomposable. A tour de rôle, et sur plusieurs mois, se succède sur les buttes une série de champignons. Un copain de passage, curieux de longue date de leurs effets sur leur environnement, soulage mes interrogations en m'indiquant que leur présence est un "bon signe". 
Par contre le paillage "paille" n'a pas été déterminant. Du fait d'un désherbage régulier du liseron et de la renoncule, les brins de paille n'ont pas résisté à l'assaut de mes griffes. Reste à préciser que la rangée de consoude (plante mellifère), délibérément glissée entre les buttes, a attiré un certain nombre de pollinisateurs qui aujourd'hui profitent des fleurs des fraisiers.
Dans une méditation toute récente, j’entrevoyais un cercle vertueux, où chaque élément vivant déployé garantit au suivant une raison de se dédier, en toute sérénité, à son existence prolifique, sans perturbation, chimique, mécanique ou qu'elle soit sous forme de plastique. Alors, à vrai dire, la culture de fraise dans de la terre devrait-elle être vouée au patrimoine local ?

(Une prochaine étape consistera à solliciter de vaillants bâtisseurs pour un chantier participatif autour de la création de nouvelles buttes, courant octobre).

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